Histoire du consulat et de l'empire faisant suite à l'histoire de la revolution française/ 11 premiers volumes
EAN13
2000037424839
Éditeur
Grasset
Date de publication
Dimensions
118 cm
Poids
230 g
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Histoire du consulat et de l'empire faisant suite à l'histoire de la revolution française/ 11 premiers volumes

Grasset

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?>Sur la buée d'une vitre, un doigt écrit :L'OUBLI
Un homme dort, sur un divan, entouré de journaux dépliés, datés du jeudi 4 août 1966. L'un d'eux porte en lettres capitales, sur toute la largeur de la première page : ORAGE DANS LE CŒUR DE CINQ VEDETTES. Autres titres, sur d'autres feuilles : Kossyguine a déclaré :«La coexistence pacifique devient une nécessité objective. »— Le mauvais temps fait refluer les touristes sur la Côte d'Azur. —Tempête sur le massif du Mont-Blanc. Deux alpinistes anglais meurent d'épuisement. Un faubourg d'Haïphong a été bombardé. —Sophia Loren cambriolée.— Les U.S.A. ramènent de France six escadrilles dont trois resteront en Europe. —Alerte aux requins dans la baie de Naples.— Nouvelles étapes franchies dans le programme d'austérité Wilson. —Erhard envisage un plan de stabilisation assoupli.
Miroitement bref d'une fenêtre ouverte. Dos d'un homme penché sur le vide. L'inconnu, de son balcon du quatrième étage, regarde un passant qu'un autre personnage suit sous la pluie, de plus ou moins loin, sur un trottoir et sur l'autre, en prenant garde de n'être point vu.
En cette fin de journée humide et froide, Nicolas descend la rue de Passy, vers la Muette. Il marche lentement, l'air préoccupé. Presque personne dans Paris déserté. Quelques ménagères en quête d'un magasin ouvert.
Nicolas est très loin de la rue de Passy où un inconnu le file sans qu'il le sache. Comme au cinéma. Nous assistons peut-être à un film. Il y a aussi le cinéma du rêve. Et ce rêve organisé mais libre qu'est un livre. Film ou rêve, livre qui est un rêve ou un film, Nicolas est par la pensée dans un jardin défendu où chante à jamais un loriot. Mais son corps est là et son corps est inquiet. ... D'où me vient ce sentiment de malaise? Cette anxiété?..... Une longue, une grande, une si vaste, une immense prairie, dans un parc, l'été...
Il s'arrête devant la vitrine d'un libraire brouillée de pluie, voit mal les livres entre les gouttes pressées, croit apercevoir le reflet d'un homme, de l'autre côté de la rue, qui l'épie. Nul besoin de se retourner pour vérifier. Ce n'est pas la première fois qu'il est ainsi suivi.
... C'était donc cela. Ce n'était donc que cela. Aller chez les Brouges, comme prévu. Originale, cette idée de recevoir leurs amis restés à Paris au mois d'août. Boulevard Suchet, ce n'est plus loin...... Peur. Peur. PEUR. Ma vieille grande peur de toujours...
... Ce n'est pas de ce pauvre type ni de ceux de sa bande que me vient mon angoisse. Je me doute bien de ce qu'il veut, je crois savoir pour qui il travaille. Aucune importance. Rien de ce qui touche à la littérature n'a d'importance...
C'est là. Nicolas vérifie le numéro, traverse le hall, prend l'ascenseur. Rumeur d'une réception. Il sonne, attend,
regarde un peu plus qu'il ne faudrait la jolie femme de chambre, regrettant qu'elle ne porte pas de coiffe, les traditions se perdent, trouvant trop peu fine la lingerie de son tablier, cherchant il ne sait lui-même quelles dentelles,
pénètre dans le salon dont la grande baie ouvre sur le bois et le mont Valérien, là-bas, tapi au bas du ciel, depuis l'enfance — ah! les lumières du mont Valérien, les soirs d'été, autrefois...
— ... Que c'est gentil d'avoir penséà nous, les abandonnés du mois d'août...
Simone sourit, l'air un peu égaré. Elle le quitte presque aussitôt pour un nouvel arrivant. Beaucoup de monde. Paris n'est pas si vide qu'on pourrait croire. Il ne connaît personne. Simone Brouges et lui sont amis mais n'ont pas les mêmes amis.
A la recherche du maître de maison, Nicolas fait le tour du salon, happant au passage, d'un groupe à l'autre, des bribes de dialogue.
— ... Mais ils n'ont aucune idée, les Américains n'ont aucune idée de ce qu'est l'art de la conversation...— Ma bonne est un être libre.— Moi, je n'ai jamais pu résister à l'auto-stoppeur qui a bon genre.— Si on veut intéresser l'ouvrier à son travail, je ne sais pas, moi, c'est facile, je...— Les femmes n'ont pas le droit d'être mal élevées.— Quel temps nous avons pour la saison! On se croirait en février.— Un manteau de macramé, doublé de pongé de soie...— ... doit obéir aux Trois Mille Règles de la Courtoisie et aux Quatre-Vingt Mille de la Gracieuse Conduite...— D'ailleurs, tout juif qu'il est, la messe, il connaît, qu'est-ce que vous allez croire. La Saint-Hubert, c'est sacré pour lui, vous pensez.
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